AGENDA

Lundi 28 Mai 2012

Mai 2012

JEU 03/05 : 2de8. Visite au Musée du Louvre.
VEN 04/05 : TL. Rendre DM sur l’Europe.
SAM 12/05 : TS. Bac Blanc.
VEN 18/05 : TS1. Rendre DM sur l’Asie orientale.
JEU 31/05 : 2de8. DS: La révolution française.


Webcam Piazza San Marco




Sites à consulter

Voyage dans l'Histoire de l'Art

Bibliothèque de la Société de Port-Royal

Annuaire Histoire

Accueil

Jansénisme Thèse

Photos

CV

Liens

Privé

Université

Zone Elèves

Histoire des Arts

Bonnes adresses

Archives

Me contacter

Cima da Conegliano, roi du musée du Luxembourg

Cima da Conegliano, Saint Sébastien, Musée des Beaux-Arts, Strasbourg.

Evoquer la Renaissance à Venise, c’est immanquablement citer Titien, Véronèse ou Tintoret. Certains amateurs enrichiront cette liste de génies de références à la famille Bellini, et quelques érudits évoqueront avec respect Vittore Carpaccio ou encore Cima da Conegliano. C’est à lui que le Musée du Luxembourg consacre en ce moment une très belle exposition qui mérite d’être vue tant les toiles présentées sont belles et intéressantes.

Giovanni Battista Cima est originaire d’un petit village au nord de Venise et à proximité de Trévise. Né en 1459, il est contemporain des plus grands artistes de la Renaissance, et comme eux, suit une éducation très classique. Les éléments biographiques que nous avons sur lui sont assez rares, pas de noms d’ateliers, de maîtres ou mécènes, Cima n’est pas Michel-Ange, Raphaël ou Titien ; il n’a jamais eu la joie d’être reconnu de son vivant comme un génie. Et pourtant sa peinture mérite plus qu’un simple hommage.

La vie de Giovanni Battista Cima est celle d’un jeune homme sorti du lot, porté par son talent à faire une carrière remarquable. Rien dans ses origines ne le prédestine à réussir à Venise en tant qu’artiste. Il n’y est même pas né, mais a grandi dans l’arrière-pays, dans une bourgade nommée Conegliano, située au pied du massif montagneux des Dolomites. De plus, son père travaille dans le textile, le nom « Cima » vient d’ailleurs du métier de cimatore exercé par son père. C’est donc un destin hors du commun que celui de ce provincial qui parvient à s’imposer comme un maître réputé, et cela en dépit de la concurrence qui fait rage à Venise où des dynasties de peintres, comme celles des Bellini ou des Vivarini, sont déjà fort bien implantées. En effet, Venise, comme Florence, connaît une très grande profusion d’artistes tous plus appréciés les uns que les autres. Rarement une époque aura connu en si peu d’années autant de talents. L’Eglise et les nobles se disputent leurs œuvres, symboles tout à la fois de richesse, de pouvoir et de bon goût. Dans les années 1490, Cima est reconnu à Venise comme le peintre d’art sacré par excellence. Dans ce domaine, le doge lui-même le considère meilleur que Bellini ou que Carpaccio, qui pourtant dominent presque sans partage la scène vénitienne.

Cette ascension sociale, Cima la doit d’abord à une forme de perfection, fondée sur la minutie de son dessin, sa maîtrise de la peinture à l’huile, une technique alors relativement nouvelle dans l’histoire de la peinture vénitienne, et l’étendue de sa palette aux couleurs lumineuses. Ce métier virtuose lui permet d’atteindre un haut niveau de précision dans la représentation des détails : la ciselure d’un bijou, la texture chatoyante d’une draperie, les boucles cuivrées d’une chevelure. Le soin avec lequel il décrit les visages, les expressions et les regards, souvent mélancoliques, lui permet de conférer à ses peintures une profonde humanité, perceptible notamment dans ses nombreuses Vierges à l’Enfant.

La réussite de Cima réside aussi dans sa réceptivité aux idées nouvelles et dans son extraordinaire capacité d’assimilation. Dans le sillage d’Antonello de Messine et notamment de Giovanni Bellini, il forge ses premières armes. Il ne tarde pas à proposer de nouveaux modèles auxquels Bellini lui-même ne sera pas insensible. De passage à Venise, Albrecht Dürer, attiré par la renommée de Cima, lui rend visite et est frappé par ses œuvres. Son influence est aussi déterminante pour les maîtres de la génération suivante, Lorenzo Lotto, Sebastiano del Piombo, Titien, qui tous sauront retenir les leçons de sa peinture et y puiser des idées pour leurs propres compositions. Au sommet de sa carrière, Cima sait encore reconnaître les avancées d’un peintre plus jeune, Giorgione, et modifier sa manière de peindre, en optant pour une touche plus vibrante et suggestive dont le Saint Jérôme au désert des Offices est un des plus beaux exemples. Ainsi, autour de Cima, ce sont plusieurs générations d’artistes qui ne cessent de dialoguer entre elles.

Les thèmes abordés par Cima sont directement inspirés par le contexte intellectuel et politique de la Venise de la fin du XVe siècle. L’importance des scènes religieuses ne peut être niée, elles sont toutefois traitées avec tout le raffinement propre à l’époque, une perspective délicate, des couleurs recherchées, et une foule de symboles qui se prêtent à une interprétation humaniste. En citoyen de Venise, le peintre ne peut éviter de glorifier la Sérénissime République en représentant le Lion de saint Marc, allégorie de la ville et de sa domination. L’évangéliste lui-même est très souvent choisi dans les conversations sacrées peintes par Cima, un peu de politique ne peut nuire à la piété ni à la carrière d’un peintre…

Il faut savoir que la concurrence est rude pour les visiteurs de la capitale : Cima ou Léonard ? Depuis quelques semaines, le musée du Louvre consacre également une très belle exposition consacrée à l’ultime œuvre de Léonard, la Sainte Anne, à l’occasion de sa restauration. Cima pourrait faire pâle figure face à la célébrité de Léonard de Vinci, et à la différence du génial florentin, les œuvres du vénitien seront rapidement dispersées à la fin de l’exposition. Il faut saisir l’occasion qui nous est offerte et aller voir Cima d’abord ! Léonard peut attendre un peu !

« Cima da Conegliano, maître de la Renaissance vénitienne », Musée du Luxembourg, 5 avril - 15 juillet 2012.

Olivier Andurand, le 17/04/2012.

Nombre de visiteurs